Les nouvelles chroniques de Mr Jack

Élémentaire, mon cher Watson !

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Ticket de sortie pour Rider ?

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New-York est décidément explosif. Les possibilités d’évasion sont si nombreuses et les situations si tendues que les  parties sont souvent raccourcies … par la force des choses. J’ai vécu mon enquête la plus courte à Mr Jack lors du tournoi WT500 de Sacramento.

Partie 114114 : scalpaf vs Abyss

Tirage de départ : Beach, Eastman, Grant, Tumblety

Ouverture : Grant j8-i6 (P c3)

1.1 Grant j8-i6 (P c3)

Il faudrait discuter de la pertinence de cette ouverture. Les ouvertures « sécurisées » avec ce tirage sont rares comme c’est souvent le cas avec Eastman, Grant et Tumblety au premier tour. Ce premier déplacement avec Grant ne permet pas à Jack de s’évader de manière certaine, quelle que soit son identité. C’est déjà ça ! Mais il peut « tenter » de s’évader ou « faire semblant » …

Abyss (Jack) choisit la réponse suivante :

1.2 Beach (E m12) e4-m12

1.3 Tumblety h5-h7 (Rider x Beach)

… et laisse Eastman devant cette situation …

Que faire ? La réponse peut s’avérer irrémédiable … Il ne s’agit plus de savoir s’il faut « couvrir », mais s’il faut accuser ou non.

D’un point de vue statistique, l’inspecteur peut considérer qu’il n’y a qu’1 chance sur 8 que Jack soit Rider, et donc 7 chances sur 8 de se tromper en accusant Rider.

D’un point de vue psychologique – l’estimation du bluff -, l’évaluation de la situation n’est pas aussi simple.

1) Avant de le jouer, il faut déjà que Jack pense à ce coup, et c’est plus facile d’y penser quand on est le personnage en question. Il me semble que ce coup sera davantage tenté par des Jack jouant Rider que par d’autres. Difficile d’en évaluer la proportion mais de toute façon supérieure à 1/8.

2) On peut estimer le « degré de liberté » de Jack avant de jouer ce coup. Ici, Jack dispose d’un grand nombre de coups possibles en dehors de celui-ci :  son « degré de liberté » est donc élevé, il s’agit bien d’un choix délibéré; ce n’est pas toujours le cas et j’aurais tendance à réduire la probabilité d’évasion face à un degré de liberté moindre;

3) On peut aussi envisager le « risque » que prend Jack en jouant ce coup. Ou en posant la question autrement : qu’advient-il pour Jack si l’inspecteur ne l’accuse pas et qu’il n’est pas Rider ? Si l’inspecteur n’accuse pas Rider ici, il jouera Eastman autrement. Certes, mais il s’agit bien d’Eastman avec tout le pouvoir qu’on lui connait. Et dans cette situation Eastman peut tout simplement isoler n’importe quel autre personnage. Le risque n’est pas le même qu’avec Smith (par exemple) : il me semble plus important. L’autre effet pour Jack s’il n’est pas Rider, est de voir Rider disculpée. Est-ce préjudiciable pour jouer le tour 2 ? Cette conséquence est ici de moindre importance.

4) On peut enfin se pencher sur le style de jeu du joueur Jack. Est-il du style « agressif » ou « posé », du style « risque-tout » ou « safe and secure » ? Je vous laisse en juger par vous-même, mais j’aurais tendance à minimiser cet aspect dans la décision finale car de nombreux joueurs sont capables de jouer très différemment d’une partie à l’autre.

Considérant tous ces éléments – et un ou deux autres moins rationnels -, j’ai pris la décision d’accuser Rider. Mais rien ne dit que je ferai de même si ça reproduit – je préfère prévenir mes futurs adversaires -, et rien ne dit que je jouerai la même ouverture … mais laquelle jouer ?

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Written by scalpaf

novembre 12, 2010 at 17:36

Publié dans Couvrir ou courir ?

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Y aller ou pas y aller ?

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« La scène de crime »

Pour reprendre une expression chère à Nut, « Mettons-nous en situation ».

Imaginez : …de grandes plages de sable fin, des cocotiers, une mer turquoise…holà, revenez sur terre, nous sommes dans le fog londonien, plus précisément dans le quartier sordide de Withechapel. Le célèbre éventreur vient une nouvelle fois de frapper et…damned !!…un suspect tente de s’enfuir !! Ne paniquons-pas ! En ce qui concerne les questions d’éventration, il est de bon ton d’emprunter le flegme britannique.

Dès l’entame, le jeu en standard n’offre que très peu de telles situations. Communément, le cas se présente lorsque la demoiselle Stealthy sort sur le 2eme tour. Il s’agit alors de venir mettre en lumière la belle en vert avant qu’elle ne se fasse l’échappée belle à travers les venelles obscures. En extension, le placement initial du joueur incarnant Jack procède d’une réelle intention de favoriser cette circonstance : elle a le double avantage de favoriser la sortie de l’éventreur qui se cache sous l’identité d’un des personnages et, au cas échéant, de multiplier les possibilités de sortie des suspects susceptibles de contrarier l’enquête de l’inspecteur. Pour circonscrire notre propos, nous nous concentrerons donc sur les deux premiers tours d’une partie en extension

La physionomie de ce début de partie est un excellent exemple :

Bert, placé en sortie directe NW, sort sur le 2eme tour et Abberline, qui le marque à la culotte, se déplace lors du 1er tour.

« J’y vais ou j’y vais pas ? »

Les deux seules réponses stratégiques de jeu se conçoivent aisément. Vulgairement il s’agit « d’y aller ou de ne pas y aller », de permettre à Bert de s’enfuir ou de l’en empêcher.

Les inspecteurs les plus opiniâtres, partant d’un apriori logique que le premier principe de l’inspecteur est de ne pas perdre, ne se poseront pas la question, se proposant de « relire » la partie afin d’examiner les quelques indices que Jack aura pu laisser lors de sa cavale. Techniquement, plusieurs solutions peuvent s’envisager : le Déplacement d’ Abberline ou de Stealthy sur Bert pour le mettre en lumière ou la permutation GullxBert qui le rend incapable de prendre la poudre d’escampette sur le 2eme tour.

D’autres préfèreront prendre un pari statistique sur la défaite, en se reposant sur la statistique confortable de 12,5%, soit 1 chance sur 8 que Bert soit réellement Jack.

La prise de décision peut être orientée par la consultation des archives sur le site. Cela permet quelquefois de repérer des stéréotypies : les serials killers ont la fâcheuse tendance à reproduire le même schéma opératoire : Est-ce que ce joueur a l’habitude de placer initialement son jack en position de sortie ?

La prise de risque peut néanmoins s’avérer payante et l’inspecteur opportuniste de faire un « gros coup » là où, par prudence et retenue sur ces deux premiers tours, il n’aurait rien appris.

Dans le cas présent de cette partie, c’est cette deuxième solution que choisit l’inspecteur. Effectivement, elle lui permet d’innocenter trois suspects : Bert, Abberline et Smith au lieu de un s’il était allé couvrir Bert.

«  Et…c’est tout ? »

Au-delà de ce choix étroit et purement statistique, cette première question (« j’y vais ou je n’y vais pas ? ») en soulève une autre qu’il convient de discerner afin d’en discuter les tenants éthiques.

Bien sur, au cours d’une partie, il arrive parfois que l’inspecteur se retrouve dans une situation critique et que , faute de ne pouvoir mettre tous les personnages en lumière sur un tour impair, soit obligé de faire un choix en laissant la possibilité à un suspect de s’échapper. Dans ce cas là, le choix repose sur la « psychologie », l’intuition, appelez-le comme vous voudrez, bref, sur les quelques indices dont l’inspecteur croit disposer.

Par contre, cette manœuvre dès le début de la partie peut être jugée inélégante par certains. Bien sur, aucune règle ne l’empêche…cependant, il convient peut être de se demander quelle signification revêt la notion de « jeu », l’intérêt que l’on prête à cette partie et, par extension, aux personnes avec lesquelles on joue. Car n’oublions pas que, avant de jouer contre quelqu’un, on joue avec lui.

Necro, le 6 novembre 2010

Written by scalpaf

novembre 6, 2010 at 13:22

Publié dans Couvrir ou courir ?